Mes choix religieux (christianisme, Islam..)- sans tabou!
- MAYYOU R

- 5 déc. 2021
- 29 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 avr. 2022
La religion a, quelque part, toujours fait partie de ma vie. J'ai toujours été intrigué par celle-ci, avec tant de questions existentielles dont j'avais l'impression, uniquement elle, pouvait y répondre.
La religion dans la petite enfance. Aussi loin que je revienne dans mes souvenirs, j'ai toujours été plus ou moins, baigné dans la religion. Pas au quotidien mais de manière traditionnelle.
J'ai été baptisé et j'ai fait du catéchisme comme la plupart des enfants de ma famille adoptive et j'ai aussi fait ma première communion. J'apprenais évidemment machinalement mais j'étais fasciné, toujours dans la réflexion et j'avais parfois les larmes aux yeux (sur l'histoire de Jésus par exemple.) J'avais aussi toujours énormément de questions en moi, des questions auxquelles on ne pouvait pas répondre concrètement. En CM2, (dernière année d'école primaire) je me suis liée d'amitié avec une nouvelle arrivante dans la classe. Elle était très croyante et surtout pratiquante et c'est à ce moment-là que mes questions sont revenues. À la maison évidemment je ne pratiquais pas en dehors du catéchisme, mais j'avais toujours la foi et des points d'interrogation. Je me demandais souvent si les vies antérieures existaient et si au delà du monde il y avait quelque chose et quelqu'un. Ma grand-mère paternelle était, elle, très croyante et pratiquante. C'est grâce à elle, que j'ai gardée un lien avec ma religion. Ensemble, nous regardions même la messe tous les dimanches. C'est donc en 3ème, dernière année de collège, après son décès que l'envie de me ré-ouvrir à la Foi religieuse est réapparue. De nouveau des questions, des interrogations plein la tête. “Pourquoi la vie, pourquoi la mort” “D'où venons-nous, où allons-nous” L'envie de me tourner concrètement vers la religion, est revenue quand j'ai aperçue une femme voilée à la sortie du collège. Un midi, durant l'année de 2014, j'étais au portail de mon collège pour rentrer chez moi manger. J'ai aperçu au loin une femme dans sa voiture, qui était voilée. J'ai l'ai fixé longtemps, en étant fasciné et intrigué et je l'ai trouvé super belle. Je ne sais pas spécialement pourquoi mais j'étais fasciné. En rentrant chez moi, j'ai été cherché la Bible dans la chambre de mon frère et j'ai décidé de la relire et de m'ouvrir de nouveau à la Foi. Je savais que la religion de cette femme était l'islam mais je pensais que le christianisme pouvait être lié à sa religion. J'en ai parlé avec une amie de collège,qui était aussi musulmane et elle m'a expliqué que le christianisme et l'islam étaient deux religions distinctes. La curiosité m'a poussé à faire quelques recherches sur l'islam car ces différences de religions me faisaient étrangement douter. “Pourquoi tant de religions, s'il n'existe qu'un seul Dieu?” Je me suis d'autant plus intéressée à l'islam et notamment au voile, car la femme que j'avais aperçue m'avait beaucoup fasciné et je la trouvais «super jolie ». Je me souviens d'ailleurs avoir même utilisé une de mes écharpes pour faire un voile "et voir comment ça fait". J'ai passé des semaines à me documenter sur l'islam à la comparer avec ma religion d'origine, parce que je voulais savoir les principales différences. Au début, ma seule source était Wikipédia et je me documentais toute seule parce que je ne connaissais pas beaucoup de musulmans autour de moi. Mon collège n'était pas aussi diversifié, je connaissais seulement 2 amies étant de confession musulmane. Comme une décision ne vient jamais seule, la même année, j'ai décidé d'arrêter de consommer de la viande. En novembre 2014, j'étais alors au lycée, c'est lors d'un stage dans un magasin de vêtements que j'ai vraiment pu faire une rencontre qui allait me permettre de m'aider dans mon chemin spirituel. Même si j'étais très attachée à la religion qui berçait mon enfance, j'avais une grande curiosité sur celle-ci (l'islam, donc). Comme beaucoup autour de moi, il pouvait m'arriver d'avoir des craintes et quelques amalgames qui m'empêchaient de me convertir.
En me documentant sur la religion musulmane, en profondeur, je me rendais compte qu'elle n'était pas forcément comme ce qu'on m'en disait, alors j'étais doublement curieuse.
Lors de ce stage dans un magasin de vêtements, j'étais binôme avec une fille de mon lycée. Elle s'est présentée sous le nom de Nuray et quand elle m'a dit qu'elle était musulmane, assez naturellement je lui ai répondu que je m'intéressais et me documentais sur sa religion depuis quelques mois. J'ai ajouté que je me trouvais limitée parce que je n'avais pas l'occasion d'en parler ni de trouver des personnes pour répondre à mes questions. Elle a tout naturellement accepté de répondre à toutes mes questions lors de nos pauses déjeuner durant toute la période du stage. Une fois la période de stage terminée et mon retour au lycée, j'ai eu l'occasion de rencontrer quelques filles musulmanes de sa classe qui ont même accepté de m'aider. Au début, elles parlaient avec moi et me posaient beaucoup de questions pour voir mes motivations sur le pourquoi je voulais m'intéresser à leur religion. Je leur ai expliqué ouvertement la raison de ma grande curiosité autour de l'islam et que plus je me documentais et plus je souhaitais même me convertir. On a eu l'occasion de passer quelque temps ensemble, de parler de l'islam et même du voile. Quand elles ont compris que ce n'était pas par effet de mode, elles ont accepté de me donner des livres. J'ai passé beaucoup de temps à lire ces livres et à regarder beaucoup de vidéos. Cette fois-ci mon intention n'était pas d'en savoir plus sur l'islam mais de me convertir. À peine quelques jours après la lecture de ces livres, j'avais l'impression d'être décidée : c'est l'islam que je souhaitais comme religion ! La conversion à l'islam, la religion faite pour moi? En décembre 2014, j'ai donc décidé de devenir officiellement musulmane. Les raisons ? J'aimais beaucoup la proximité avec Dieu dans cette religion. Ce que j'en lisais me donnait l'impression que c'est ce que je recherchais depuis ma tendre enfance. Moi qui avait toujours eu la foi, j'avais besoin d'un lien spirituel encore plus fort. Et à travers cette religion, j'ai compris pourquoi j'existais, pour qui et ce qui m'arriverait si je mourais demain. J'ai senti au fond de moi, que l'islam était la religion qui me correspondait sur le mode de vie, qu'elle répondait à mes questions existentielles ainsi qu'à mes besoins et mes attentes. Y'a pas vraiment d'explications, c'est un ressenti intérieur. J'en ai donc parlé avec mon amie de collège,qui avait suivi mon évolution. Elle était même (trop) impatiente de me voir officiellement musulmane. On a choisi comme date le 3 décembre 2014. Elle est venue chez moi afin de me faire réciter l'attestation de Foi, qui allait me faire devenir officiellement musulmane. Tout d'abord elle m'a expliqué le rituel avant de se convertir. J'ai donc fait ce qu'on appelle les ablutions. (J'ai lavé mes mains, ma bouche, mon nez, mon visage, mes avant bras, mes cheveux, mes oreilles et les pieds et récité). C'était une première pour moi et c'était vraiment particulier pour être honnête. Elle m'a ensuite couverte. Comme je n'avais pas de vêtements longs ni de voile à ce moment-là, on a simplement trouvé tout ce qui pouvait me couvrir et c'était...un long peignoir. Je lui ai demandé de filmer et elle m'a fait réciter 3 fois l'attestation de Foi musulmane. Je dois avouer qu'avec du recul, je ne dirais pas que j'ai regretté de m'être convertie si rapidement, c'est à dire 8 mois après ma découverte de l'islam mais que j'aurais du continuer d'apprendre avant de faire mon choix définitif, ce qui m'aurait permise de faire moins d'erreurs par la suite. Mais j'avais 14 ans, et j'étais très impatiente. Après ma conversion à l'islam, évidemment j'ai bien-sûr continué de me documenter sur l'islam afin d'adapter ma nouvelle religion à ma nouvelle vie. J'ai essayé le voile très souvent, dès que j'en avais l'occasion. Parce que j'ai toujours trouvé ça magnifique. Je n'ai jamais vraiment eu de préjugés sur le voile pour ma part. J'ai jamais pensé que c'était une «soumission » ou un quelconque «avilissement » de la femme. Quelque temps après ma conversion, j'ai aussi visité, avec Nuray, pour la première fois, une mosquée. C'était une mosquée turque et je pensais m'y convertir de manière administrative mais vis-à-vis de mon âge, ce n'était pas possible. Bien-sûr, je faisais tout cela dans le secret, parce que je ne voulais pas que ma famille adoptive l'apprenne. Quelques signes devenaient de plus en plus suspects pour eux, comme le fait que j'emploie de plus en plus de mots en arabes ou que je porte des jupes longues. Quand j'ai dit à mes copines de lycée que j'étais devenue musulmane, elles n'étaient absolument pas dans le jugement. Au contraire ! Elles m'encourageaient, même celles qui n'étaient pas du tout de confession musulmane. Elles voyaient simplement que je trouvais un sens à ma vie et que j'étais épanouie. D'ailleurs, une amie de classe et moi nous sommes toutes les deux converties en même temps à nos religions respectives : elle, le bouddhisme et moi, l'islam. On se partageait mutuellement nos avancées spirituelles. Je lui montrais comment je priais, comment je pratiquais et vice versa. Au lycée, c'est lorsque j'ai décidé de porter une robe longue et noir un jour, que la CPE a alerté mes parents. Elle m'a également convoqué dans son bureau pour me demander des comptes et j'ai même dû, plus tard, raconter mon histoire personnelle sur ma conversion, au proviseur. Sur Facebook j'ai changé mon nom de Facebook par : My-Iman et quand une amie m'a félicité en public, ça a mis la puce à l'oreille de certains membres de ma famille adoptive soit disant. En effet, suite à ma conversion, j'ai choisi Iman comme prénom musulman parce que « Iman » signifie « Foi et croyance » en arabe. Ce sont principalement les copines musulmanes qui m' appellaient « Iman ». La "Foi" et "la croyance" m'ont permise de retrouver un chemin et une raison de vivre à ce moment précis de ma vie. Me tourner vers la religion a évidemment changé beaucoup de choses dans ma vie. Je suis devenue de plus en plus pratiquante. Je priais 5 fois par jour et j'adaptais chaque petite chose à ma religion. Du point de vue du comportement, je me suis beaucoup assagie. Être religieuse m'a permis de m'assagir. Depuis ma petite enfance, j'avais plutôt un caractère impulsif et j'avais l'habitude d'exprimer mon mécontentement ou de me défendre par la colère. Je m'étais métamorphosé en peu de temps, en quelqu'un de beaucoup plus sage, plus posé, plus réfléchi. Je m'inspirais des sages et cela m'a donné beaucoup de maturité. Au début ce n'était pas facile, parce que la colère était, selon moi, le seul moyen de me défendre pour survivre. Mais petit à petit c'est venu tout naturellement. En me documentant toujours plus, en lisant beaucoup de livres, j'ai appris une autre chose qui a changé dans ma vie, c'est le rapport aux parents. Dans l'islam, les parents ont une très grande importance, surtout la mère. Moi qui avais toujours manqué de l'amour d'une mère et moi qui avais des relations destructrices avec ma mère adoptive, j'avais envie d'appliquer ce qui était écrit dans les livres, afin d'améliorer ma relation avec ma mère adoptive. Au début c'était difficile aussi, je faisais ça machinalement et elle n'était pas très réceptive. Je me faisais violence parce que c'était écrit et puis petit à petit c'est devenu naturel également jusqu'à ce que je voyais même du changement dans notre relation. Elle se rendait de plus en plus que j'étais en train de mûrir et de changer. Pour la première fois, j'avais l'impression, au fond de moi, que tout ce que je mettrais en place me donnerait une mère. Courant 2015, j'ai décidé de parler de ma conversion à l'islam à mes parents adoptifs. Je voyais que notre relation était meilleure depuis quelques mois surtout avec ma mère adoptive. Je continuais mon évolution spirituelle mais je ne voulais plus me cacher. J'avais commencé doucement vers le mois de mars à porter un turban dans le but de porter le voile quelques mois plus tard. Malheureusement la tâche pour en parler à mes parents adoptifs, s'est avéré pour moi un peu plus compliqué que prévu parce que s'est perpétué en début d'année des attentats et qui ont provoqués une vaguede haine et de préjugés envers l'islam par ma famille adoptive entière. Voyant que ce serait plus difficile que je ne le pensais, j'ai décidé d'en parler d'abord avec ma mère adoptive, parce que notre lien s'était, je pensais, amélioré. C'était donc un soir. Dans la cuisine. Je suis allée la voir, timidement et j'ai lancé : «Est-ce que si je me tournais vers la religion, tu serais contre ? » Elle m'a regardé étrangement et a répondu: « Bah non. » J'ai poursuivi : « Et si j'allais à l'église tous les dimanches, tu serais contre ?» « Et si je portais un voile chrétien ?» Et elle répondait à chaque fois “Non”. Jusqu'à ce que je sorte : « Et si c'était avec la religion musulmane ?» Elle m'a regardé toujours avec air surpris:
« Ah non. Par contre non. Je ne serais pas d'accord ». Sa réaction était malheureusement ce que je redoutais un peu. Immédiatement, j'ai essayé de la rassurer en lui disant que rien ne changerait dans notre vie de famille. Je lui disais que c'était juste mon nouveau chemin religieux mais que je n'étais pas dans la volonté de l'imposer à qui que ce soit et que cela restera entre moi et moi. Sur le coup, elle m'a dit « qu'elle verrait ça plus tard » mais elle semblait convaincue par mes explications. J'avais cependant, l'impression que je n'avais plus à m'en faire. J'en avais parlé également à mon frère Jordan, qui m'a dit que la seule chose qu'il ne voulait pas, c'était me voir voilée. Je pense que pour la plupart d'entre eux, c'était sûrement un choix de passage, mélanger entre l'adolescence et la rentrée au lycée et que j'allais vite passer à autre chose. Quelques mois plus tard à peine, en Juin 2015, quand le Ramadan est arrivé, j'ai décidé de le faire pour la première fois. J'en avais parlé avec ma copine de collège et il est vrai que j'avais une petite appréhension de le faire parce que c'était tout nouveau pour moi. Au début, je voulais le faire à mes 18 ans le temps d'attendre de mûrir religieusement. Elle m'a beaucoup informé sur le Ramadan et m'a encouragé à le faire, alors j'ai finalement décidé de sauter le pas. Je savais que c'était donc le moment d'en parler avec mes parents adoptifs car évidemment cacher tout un mois que je jeûnais, allait être mission impossible. N'étant pas dans une famille qui dialogue énormément, j'ai donc décidé de leur écrire une lettre. Une longue lettre. Une très longue lettre où je parlais de tout depuis le début : Quand mon souhait de me tourner vers la religion a commencé, le pourquoi du comment [...] Je me suis littéralement livré à eux. En essayant de les rassurer, après la mauvaise image qu'ils avaient de l'islam suite aux attentats quelques mois plus tôt. Je les rassurais comme je pouvais en disant que peu de choses allaient changer. Je voulais absolument leur faire comprendre que je ne devenais pas leur ennemie. Évidemment, les choses ne se sont pas passées comme je l'espérais. Pour le Ramadan, c'était non. Ils n'étaient pas d'accord pour que je le fasse, ils avaient même peur. Ils avaient donc convenu entre eux de me surveiller tout le long du mois. Bien-sûr, têtue comme je l'ai toujours été, j'ai quand même décidé de le faire, même si pour ça, je devais le faire en cachette. J'ai passé tout le mois comme ça, à mettre des miettes dans mes assiettes, pour simuler que j'avais mangé dans la journée. Mon premier mois de Ramadan a vraiment été éprouvant sur ce point- là, mais je ne me laissais pas abattre. J'ai aimé le faire au contraire. Le jeûne n'était pas si difficile que ça. J'ai même effectué un stage entre temps dans un magasin de cosmétiques. Et j'ai jamais vraiment aimé jeûner. Mon premier Aïd est arrivé ! Étant toute seule, j'ai été gentiment invitée chez une famille tunisienne pour fêter ma première fête. Plus tôt dans l'année, vers le mois de février 2015, j'avais commencé des cours d'arabe gratuitement à la Mosquée de ma ville. Je parlais quelques fois avec les autres participantes comme moi, dont celle qui me donnait des cours. L'une d'entre elles m'a proposé de venir faire la fête chez elle, dans sa famille. J'ai accepté timidement. J'ai donc acheté une robe de fête, sur un marché et j'ai passé la soirée avec elle et sa famille. Sa petite sœur est même restée ma copine dans les années à venir. Le lendemain, nous sommes allés à la mosquée pour la prière et j'ai assisté pour la première fois à la fête de l'Aïd. J'ai beaucoup aimé cette première expérience. Au lycée, les mêmes terminales musulmanes qui m'ont beaucoup écoutés dans mes premiers pas, ont continué de me conseiller parce que ce n'était pas toujours facile d'avoir une famille qui était contre mes choix religieux. Au début, je priais sur un drap de bain. J'avais beaucoup du mal à accomplir les prières ou tout simplement de me procurer des voiles pour la prière. Certaines d'entre elles, me voyant un peu "dans la galère" m'ont alors donné gracieusement des livres, ou des voiles. Quelques unes sont restées par la suite, des copines. Pour dire, dans mes premiers pas en tant que musulmane, je n'étais plus vraiment seule. J'avais l'impression de me faire une famille, une Oummah, comme on dit, que je n'avais jamais eu. Ces nouvelles « amies », dont nous nous appelions « sœurs » mutuellement, m'invitaient très souvent chez elles pour me faire du henné, pour discuter, me soutenir, m'aider à apprendre l'arabe. J'ai décidé quelque temps après, de créer un second compte Facebook avec uniquement le nom Iman pour faire de nouvelles rencontres et poster ce que je souhaitais (en lien avec la religion) sans que ma famille adoptive le voit. J'ai rencontré grâce à internet, des nouvelles personnes, un peu partout dans le monde, également converties, un peu seules comme moi et pas très bien acceptées par leur famille et on se serrait mutuellement les coudes.
Ma radicalisation ? Quelques semaines après ma première fête de l'Aïd, alors que je pensais que les choses s'amélioraient dans ma vie, ma mère adoptive est venue me voir pour m'avouer qu'une procédure avait été mise en place contre moi. Donc j'ai appris dans un même temps qu'elle avait été voir la police pour leur faire part de ma conversion, qu'ils m'avaient mise sur écoute et sous surveillance depuis des semaines. En fait, sa soudaine acceptation de ma nouvelle religion n'était qu'un leurre. C'était en réalité, une stratégie pour récolter un maximum d'informations sur ce que je faisais, où j'allais et qui je fréquentais. Un soir, elle avait même essayé le voile avec moi, on avait pris des photos. On était heureuse ensemble comme on ne l'avait jamais été et je pensais que c'était vraiment parce qu'elle voulait qu'on soit encore plus proche et qu'on rattrape le temps perdu. Je pensais naïvement qu'elle faisait ça pour comprendre ma nouvelle vie, mes nouveaux choix, mais ce n'était que pour mieux enquêter sur moi et livrer le tout à la police. Suite à ces révélations, elle m'a dit de but en blanc que j'allais être interdite de sortie de territoire et convoqué au tribunal incessamment sous peu. Ce qui n'a rien arrangé, c'est qu'en août 2015, j'ai décidé de porter le voile. Si vous vous posez la question : Il n'y avait pas de raison particulière. Je me sentais prête à le mettre selon les principes de ma religion, tout simplement. J'avais toujours trouvé ça magnifique sur les femmes chrétiennes et également sur les femmes musulmanes depuis que j'avais vu cette femme à la sortie du collège. J'ai beaucoup réfléchi évidemment avant de le porter. J'ai réfléchi par crainte du regard des autres, notamment de ma famille adoptive et de mes anciennes amies de collège. Avant ma décision finale, je suis allée très souvent à la mosquée pour y rencontrer des sœurs musulmanes. Je voulais parler du voile, de la condition des femmes. Je voulais savoir ce que cela changerait à ma vie de porter le voile. Je me sentais belle et à l'aise à chaque fois que j'allais à la Mosquée voilée, mais j'avais des appréhensions. J'ai beaucoup discuté avec chacune d'entre elles, j'ai écouté leurs histoires et j'ai expliqué la mienne. Elles m'ont beaucoup conseillé. En août 2015, après avoir beaucoup hésité, après avoir pesé le pour et le contre, j'ai décidé de porter le voile officiellement. Concernant mes anciennes connaissances de collège, je les évitais dans la rue. Certains m'en ont voulu, ne comprenant pas ma soudaine réaction. Mais comme je savais à quel point certains n'aimait pas l'islam, j'ai préféré le garder pour moi. Quant à ma famille adoptive, naturellement, cela n'a fait qu'accentuer ce que pratiquement tout le monde autour de moi était en train de penser de moi : j'étais radicalisé et je projetais même, toujours selon leurs dires, d'aller en Syrie, pour y faire le jihad. À cette période-là, je ne connaissais même pas encore Daesh, j'en avais entendu parler lors des attentats en janvier 2015, alors je suis tombée des nues. Littéralement. Je me sentais trahie par mes parents adoptifs, parce que j'étais tellement ouverte et j'aurais tellement pu en parler de religion, sans filtre avec eux. Mais leur pensée à ce moment-là, c'est que j'étais manipulée voire en danger. Je ne voulais pas en vouloir à mes parents adoptifs. Mes nouvelles copines me disaient, également converties pour certaines, que c'était la peur de l'islam à cause des attentats qui les avaient poussés à faire ça, mais que ce n'était nullement contre moi. C'est donc ce que j'ai pensé. Je me suis rassurée comme ça. Jusqu'à mon premier rendez-vous au tribunal pour enfants. Ce jour-là, j'y étais allée sans voile, mais avec un turban comme j'avais l'habitude de le faire depuis quelques mois. Il faut savoir que dans les premiers mois où je portais le hijab, j'étais limitée en vêtements. Ça a été crescendo et non pas du jour au lendemain. J'ai donc été auditionnée ce jour-là seule et mes parents de leur côté. Le juge m'a posé une série de questions dont la raison de ma conversion. Il m'a posé des questions sur mon adoption, sur ma vie de famille. J'essayais d'y répondre du haut de mes 15 ans avec objectivité et maturité mais c'était difficile d'être crédible.
Peu importe ce que je disais, ils essayaient de pas de prouver que j'étais innocente mais que j'étais coupable.
Donc pour eux, j'étais radicalisé, mais je savais simplement bien me défendre. Malheureusement pour moi, une phrase de ma part a tout fait basculer. Quand ils m'ont demandé ce que je pensais des « islamistes radicaux », j'ai malencontreusement répondu : « Je ne peux pas vous dire que je tomberais jamais dedans mais que c'est la raison pour laquelle j'apprends l'islam correctement, afin de ne pas y tomber ». Trop tard pour moi. La phrase qui a été retenue était simplement «je ne peux pas vous dire que je ne tomberais jamais dedans ». Je suis rentrée chez moi de ce rendez-vous, avec mes parents adoptifs. J'ai été me laver les mains et j'ai craqué. Mes larmes ont coulées jusqu'à plus s'arrêter. Je me demandais vraiment « ce que j'avais fait pour mériter tout ça ». J'étais devenue musulmane, parce que je voulais une religion.
J'étais devenue musulmane parce que ce que j'ai lu dans les livres m'a convaincue de cette religion. Je "m'en fichais" de ce que faisait untel. Moi je lisais les livres et entre les musulmans et les livres, il y'avait une marge. Qu'avais-je fait de mal?
Quand les résultats de l'enquête sont tombés, je suis tombée avec eux. Nous avons été convoqués une nouvelle fois et cette fois-ci par 2 assistantes sociales. Pour les services sociaux, j'étais bien dans un comportement douteux de radicalisation et ils se sont appuyés sur ma fameuse phrase au tribunal en plus de certains témoignages autour de moi, disant que je manifestais «une envie de partir de la France» et de certaines tendances à vouloir « tuer » les gens. Mes parents adoptifs étaient présents. Je me suis retourné vers eux, choquée et abasourdie par ces accusations, non seulement mensongères mais surtout énormissime. Ils n'avaient rien à répondre. Ils avaient simplement un regard vide, ils paraissent autant choqués que moi de ce que les assistantes sociales disaient alors qu'ils étaient la cause de toutes ces calomnies. Seulement face à moi, ils n'arrivaient pas à me le dire. Ils n'arrivaient pas à assumer qu'ils avaient écrit ces torchons. Je n'arrivais, moi de mon côté, pas à croire qu'on pouvait me salir de cette façon, mais encore plus que cela vienne de mes propres parents pour la simple et bonne raison que je n'avais pas choisi la religion qu'ils voulaient pour moi. J'ai tenté d' appuyer en propos que les rapports entre ma mère adoptive et moi étaient meilleurs depuis plusieurs mois, grâce à ma nouvelle religion et que même s'ils disaient le contraire, mon comportement avait changé...mais en bien. Les assistantes sociales ont vu à quel point il était difficile de nous mettre d'accord et ont donc exigé un complément d'enquête afin de creuser toute notre histoire familiale. Elles me sentaient en détresse. Le mot qu'une d'entre elle a employé un jour c'est « Danger ». « On te sent en danger chez tes parents». Elles soutenaient que je n'allais pas bien intérieurement mais que je ne voulais pas l'avouer, qu'il y avait plus profond que ça. Ce qui était vrai, mais je me voilais la face. Je l'ai compris bien plus tard. Encore une fois, je suis rentrée chez moi complètement abasourdie. Il y avait définitivement une cassure.. Dans ma famille adoptive, ma conversion à l'islam a fait beaucoup de bruit dès le début. D'ailleurs, entre mon père adoptif et moi, alors que nous avions toujours été en plutôt bon terme, ça s'est détérioré d'un coup net. Il m'en a voulu. Il m'en a beaucoup voulu d'avoir choisi l'islam comme religion et surtout d'avoir choisi de porter le voile. Il ne pouvait plus me voir en peinture et il me l'a fait comprendre à sa manière en étant froid, distant, toujours désagréable, à me parler uniquement en me criant dessus. Il voulait me faire payer. Un soir, alors que j'étais au sous-sol, il m'a littéralement enfermée en bas et a éteint toutes les lumières. Il a bien-sûr prétendu ne pas m'avoir vu alors qu'il avait fermé la porte à clef, chose qu'il ne faisait jamais d'habitude. Il essayait énormément de me pousser à bout. Je l'entendais souvent dire aux personnes qui venaient chez nous : « Elle est enfermée dans sa chambre, car elle est radicalisée». Il ne comprenait pas mes décisions et ne ne voulait pas les comprendre. Il se persuadait lui-même, même si c'était faux. Il se mettait en tête par exemple,que j'étais végétarienne parce que l'islam m'empêchait de manger de la viande. Tout ce que je faisais, pour lui, se rapportait à l'influence de l'islam, parce que j'étais selon lui, radicalisée. Le filleul de mon père adoptif s'est même joint à lui pour alimenter encore plus la réputation que j'avais. Et ce qui était encore plus humiliant, c'était de l'entendre dire que ce qu'on voyait dans les journaux, comme décrivant les radicalisé et les adeptes de Daesh, me décrivaient complètement. «Tout ce qu'on voit à la télé pour les reconnaître, la décrit.» qu'il disait sur moi en ricanant. Je n'avais même plus de moyens de me défendre avec mes mots, alors je me repliais sur moi-même. Et puis comment être crédible quand la plupart d'entre eux sont anti-musulmans voire racistes ? Je n'avais que cette solution : me replier sur moi-même. En silence. Dans ma chambre. Dans ma bulle, de nouveau. Leurs mots, leurs mensonges m'ont détruits à petit feu. Mais évidemment, mon repli sur moi-même était un signe de ma soi-disant radicalisation. La seule chose que je faisais c'était de ne pas céder à leur pression et commentaires, quitte à vivre en cachette. J'avais envie d'aller au bout de mes choix, je n'avais pas envie de leur donner raison. Je partais donc par la fenêtre et en courant de chez moi pour pas qu'ils me voient voiler. Je rentrais en courant pour pas qu'ils me voient voiler. Je priais en cachette, même si parfois je me faisais surprendre et sévèrement hurler dessus par mon père adoptif. Je faisais tout pour pas qu'ils me voient. Je menais une double vie. Je ne prononçais même pas le mot "Islam" "Mosquée"... en leur présence. La seule personne qui a accepté de m'écouter un jour, voyant quelque peu ma détresse, c'est une sœur de ma mère adoptive. Elle qui avait l'habitude de pas être tendre dans ses propos envers moi, a accepté de m'écouter cette fois-ci. Dans un premier temps, elle a écouté mon histoire : le pourquoi j'étais convertie, comment et la façon dont je vivais au quotidien. Dans un deuxième temps, j'ai voulu lui permettre de se documenter sur l'islam. Je me souviens encore, j'ai imprimé quelques pages de mes livres religieux. Elle avait beaucoup de préjugés, mais on a beaucoup discuté ensemble. Comme elle était à l'écoute, j'ai naïvement accepté de lui faire confiance. Évidemment, je pensais qu'elle serait par la même occasion la porte-parole pour convaincre tout le reste de la famille, que je n'étais pas ce qu'ils disaient de moi : une radicalisée, extrémiste voire terroriste. Je tentais par tous les moyens de la rassurer sur mon choix et que je n'étais pas dans l'envie de partir nul part et de tuer qui que ce soit. Je lui ai proposé d'aller à la Mosquée avec moi un vendredi et elle a même accepté. Ce jour-là, hasard ou non, l'imam faisait un discours sur "Les amalgames du mauvais comportement des musulmans". Ils donnaient des conseils sur la façon dont ils devaient agir afin de répandre un bon islam auprès des non-musulmans. Je pensais qu' avec cette expérience, ça pourrait changer quelque chose dans ma famille adoptive par son intermédiaire. Eh bien….non. Malheureusement des attentats ont de nouveau eu lieu en novembre 2015. Ce qui a plongé de nouveau ma famille adoptive entière dans une haine envers l'islam. Et une haine contre moi par la même occasion. Une haine que je ne comprenais pas. J'étais tellement épanouie dans ma nouvelle voie spirituelle. J'embêtais personne et surtout j'avais tué personne. Cela allait bientôt faire 1 an que j'étais convertie et j'avais l'impression de faire encore un choix qui poussait le reste ma famille adoptive et mes parents adoptifs à me détester. Devenir végétarienne avait déjà fait beaucoup de bruit et avait dérangé plus d'un. Alors maintenant l'islam ? La sœur de ma mère adoptive s'est d'ailleurs complètement retournée contre moi à la suite des attentats. On avait pourtant beaucoup discuté, on avait été à la mosquée ensemble, je lui ai permis de se documenter par mon intermédiaire. J'avais même du respect pour elle, en retirant mon voile avant de pénétrer dans son domicile. En bref, je lui avais accordé ma confiance mais elle s'est liguée elle aussi contre moi. Certains membres de ma famille adoptive venaient me voir, me demandant : «Pourquoi tes semblables font ça? » Mon frère m'avait demandé : « Que penses-tu de ce qu'ils ont fait ?» dans le but de voir si j'allais être d'accord ou pas d'accord avec ces tueries. C'était impensable. Je m'excusais en permanence, j'étais tout le temps dans la justification pour les rassurer que je n'étais pas une terroriste. N'était-ce pas évident ? D'autres membres de ma famille adoptive ne voulaient tout simplement plus me voir. Encore moins si j'étais voilée. La sœur de ma mère adoptive m'a même boycotté au bout du compte. Elle ne m'a plus adressé la parole pendant plusieurs années et plutôt que de me laisser vivre tranquillement, sans me parler, elle m'a fait vivre à limite un enfer ainsi qu'à ma mère adoptive. Premièrement, elle alimentait les rumeurs autour de moi alors qu'il y en avait déjà beaucoup. En disant que je ne voulais plus la voir parce qu'elle avait un chien chez elle, et que «l'islam m' enseignait de détester les chiens». Elle disait également que je ne voulais plus dire bonjour, serrer la main, approcher les hommes de ma famille «parce que l'islam me l'a dit». Je pense que ce qui m'a le plus fait du mal, c'est la pression qu'elle a exercée sur ma mère adoptive pour qu'elle me déteste encore plus et me fasse encore plus du mal. Elle lui disait de «brûler» mes voiles ou de me les retirer pour plus que je les porte du tout. Une autre sœur de ma mère adoptive m'a révélé qu'elle pleurait parfois dans sa voiture à cause de cette pression que lui faisait certains, pour la pousser à me faire encore plus de mal. Durant cette terrible période, je suis tombée dans une profonde colère contre le reste du monde. Quoi que je fasse, quoi que je dise, j'étais tout le temps méprisé de tous les côtés. Je gardais tout à l'intérieur par peur de ce que pourrait penser les services sociaux à mon égard, s' ils me voyaient en colère. J'avais peur qu'ils pensent que l'islam me rendait en colère. J'étais seule contre le reste du monde. Au lycée, la deuxième année, j'étais en chute libre, mes notes dégringolaient considérablement à cause de tout ça. J'étais d'ailleurs, de plus en plus rarement en cours. La CPE et le Proviseur m'ont convoqué dans leur bureau quand mes parents adoptifs leur ont fait part de la procédure anti-radicalisation. Ils ont essayé eux aussi de me convaincre de ne pas me couvrir les cheveux, de ne pas porter de vêtements longs. Tout le monde voulait un autre moi ou ne ne me voulait pas du tout. À cause de la procédure anti-radicalisation et mon interdiction de sortie de territoire, j'ai loupé l'opportunité d'aller en en Angleterre et en Allemagne pour des voyages scolaires. Ce qui m'a rendu encore plus triste et en colère. Tous mes camarades de classe y étaient, sauf moi. J'étais censée être plus heureuse grâce à mon nouveau chemin de vie et pourtant, j'en payais le prix fort. À la fin de l'année scolaire, j'ai pris l'initiative d'arrêter les cours et de ne pas aller en classe de terminal. Alors que j'avais pourtant trouvé une nouvelle vocation: la vente de cosmétiques. Mais j'étais décidé « Je ne veux pas me mélanger au reste du monde !» La seule chose qui me faisait tenir à ce moment-là, c'était ma Foi religieuse au final. La religion m'a sauvé du suicide. J'avais l'impression d'avoir aucune famille, aucune amitié solide et durable et aucune place dans la société. Je devais constamment me battre pour faire valoir qui j'étais. Combattre les rumeurs, et le monde qui me détestait de tous les côtés pour ce que j'étais et les choix que je faisais. C'était vraiment épuisant psychologiquement. Ma famille adoptive qui me disait « ne être pas assez pudique avant », me le reprochait soudainement.
Personne ne se contentait de ce que j'étais. On voulait toujours écrire mon histoire à ma place.
Quand j'ai décidé d'arrêter de manger de la viande, à chaque repas de famille j'avais le droit à des réflexions désobligeantes. Alors que je prenais aussi l'initiative de porter un turban en compagnie de ma famille adoptive, certains prenaient un malin plaisir à retirer mon foulard devant tout le monde « pour s'amuser ». Il m'est arrivé des fois de fuguer de chez moi quand j'avais 16 ans, vous savez. Ce qui n'arrangeait pas mon cas auprès de la police, qui m'avait déjà dans le collimateur à cette période. La dernière en date ? Ah, c'était un soir. Une amie de longue date de ma mère adoptive, m'avait accablé de reproches. Je «devais arrêter mes conneries de religion» paraît-il. Malgré ce qu'on pouvait dire de mal, la foi religieuse a donc joué un rôle important dans ma façon de me raccrocher à la vie par la suite. Je pourrais même dire qu'elle m'a sauvé la vie. Je ne voulais plus penser au suicide. Ni répondre au mal en me faisant du mal. (comme les scarifications, les fugues) Je voulais m'accrocher à la vie. Depuis que j'étais pleinement croyante et pratiquante, je voulais simplement surmonter les épreuves coûte que coûte et avoir une meilleure vie plus tard. À cette période-là, je n'ai pas toujours fait les bons choix et je le reconnais aujourd'hui. Mais ces choix n'ont impliqués que moi. Je n'ai également pas toujours rencontré les bonnes personnes. Sur le compte Facebook que j'avais créé, je voulais intégrer des groupes afin de rencontrer de nouvelles personnes, musulmanes comme moi et surtout converties, afin de trouver un peu de réconfort. Dans un premier temps, j'ai partagé mon histoire sur Wattpad. Mon histoire en tant que jeune convertie et comment je le vivais au quotidien ! J'ai pu voir que beaucoup de personnes l'avaient lu et certaines d'entre elles, musulmanes converties ou non, ont été touchées par mon récit. Plusieurs m'ont contactés pour discuter plus amplement avec moi et j'ai alors partagé mon nouveau compte Facebook et le compteur des invitations a explosé. Évidemment, j'étais ravie de faire de nouvelles rencontres. J'avais 15/16 ans, j'étais toute nouvelle, j'avais personne avec qui partager mon histoire, je me sentais seule dans ma famille adoptive. Tout d'un coup je rencontrais une vague de personnes (ou non) dans ma situation. J'avais vraiment l'impression que ça allait combler un vide. J'y ai fait plusieurs rencontres et qui sont, pour certaines, devenues par la suite des amies proches. Certaines vivaient loin de moi mais d'autres s'avéraient être dans la même ville que moi. On s'est contacté, on s'est rencontré et à force, je passais beaucoup de temps en personne avec beaucoup d'entre elles. Si je devais parler des bonnes rencontres, je dirais qu'avec quelques-unes d'entre elles c'était des amitiés sincères. On a beaucoup grandi et évolué positivement ensemble. Et puis avec d'autres, eh bien malheureusement, c'était des relations toxiques. Elles ont même fini par prendre beaucoup plus de place que je le pensais. Évidemment, je ne l'ai pas vu immédiatement. Il m'a fallu du temps et une prise de conscience, mais quand j'ai repris ma liberté, j'ai enfin compris que je n'avais pas toujours eu les bonnes personnes à mes côtés. J'ai fréquenté pendant environ 3 ans des petits groupes de ce qu'on appelait «des sœurs» et certaines avaient beaucoup d'influence et beaucoup d'emprise sur moi. Comme je disais, j'ai pu faire de nombreuses bonnes rencontres mais également quelques mauvaises et qui ont déclenché en moi, une sorte d'anxiété sociale. Ces rencontres, qui formaient beaucoup de groupes de sœurs en virtuel ou en réel, ont commencé très rapidement à être dures. Entre elles mais également avec moi. Dans leurs comportements notamment. Elles me faisaient tout arrêter, elles me faisaient tout faire comme elles et si je ne faisais pas, j'étais culpabilisé et elles utilisaient la religion pour me faire peur parce qu'elles savaient que je n'avais pas autant de connaissances et recul (que maintenant). Et avec certaines d'entre elles, si je faisais différemment, je n'étais pas « sur la bonne voie ». J'étais “égarée”. Tous les petits détails de ma vie étaient inspectés à la loupe. Même à travers Facebook d'ailleurs. Honnêtement, avec du recul je me suis rendu compte que malgré mon caractère fort, j'étais quand même très influençable parce que je pensais que certains avaient plus de connaissances que moi et que par conséquent, avaient raison. Quand j'ai essayé de me détacher du jugement de ces “soeurs” c'était cependant toujours une source d'anxiété. En 2017 par exemple, j'ai décidé de ne plus porter le voile jilbab, ni le voile intégral mais de mettre ce qu'on appelle des abaya avec un voile simple. Je voulais tester un peu tout, je me cherchais énormément et j'ai fini par conclure que le hijab me convenait. Je me sentais mieux comme ça et je voulais faire ce que je veux aussi. Et pour moi-même. Évidemment les remarques désobligeantes n'ont pas manqué. Si je sortais du moule, alors je n'étais plus considéré de la même manière. Ces « sœurs » me regardaient de la tête au pied comme un ovni. La plupart de mes choix ont été jugés : le fait que je ne mange pas de viande, que je choisisse des études en lien avec l'esthétique. Si je décidais de porter une couleur de hijabautre que noir, si je regardais la télé, si je me maquillais. J'ai arrêté de faire énormément de choses pour ne pas être jugé, parfois je les faisais en cachette d'elles. Mais vous savez, pour garder ma place auprès d'elles, j'ai suivi sans dire un mot au début. J'ai pris conscience que c'était des personnes toxiques pour moi lorsque d'autres copines, même musulmanes, m'ont fait la remarque que je devenais moi aussi quelqu'un de « dure » dans ma façon de pratiquer la religion et dans mon comportement. Et elles avaient raison ! Ces relations toxiques avaient une telle influence, que je devenais comme elles petit à petit. C'est -à -dire : dure en religion. J'ai décidé de faire le tri dans ma vie et de ne garder que les personnes bienveillantes. Je voulais également retrouver ma liberté, je voulais être moi-même. Ma famille me voulait d'une façon. Ces rencontres toxiques aussi. Je ne voulais plus ça. J'ai commencé par ne plus fréquenter les personnes qui me rendaient anxieuse, même si au début c'était complexe de s'éloigner des gens parce que je culpabilisais. J'avais même peur de les croiser dans la rue. Je voulais carrément changer de ville. Elles continuaient de m'appeler de temps à autre, parfois pour me faire des renontrances. Elles voyaient mes photos de profil WhatsApp, elles me demandaient des comptes. J'ai également dû en supprimer certaines de mon téléphone et même en bloquer d'autres. J'ai conclu ces histoires en supprimant mon deuxième compte Facebook, où j'étais Iman et je me suis fait oublier. J'ai gardé à mes côtés, celles qui m'ont toujours tirés vers le haut et accepté telle que j'étais mais j'ai également pris quelques distances avec tout le monde. Ce n'était pas évident évidemment, j'avais souvent peur du jugement de mes copines, du mauvais regard sur mes choix. J'avais même peur de perdre des amies. Je suis tombée dans une grande anxiété et j'avais peur constamment des autres. C'était la conséquence d'une famille malveillante et des mauvaises rencontres.
D'un côté, certains voulaient me voir le plus voilé possible et de l'autre, le moins voilée possible. Personne n'était jamais content à l'unanimité de qui j'étais et c'était difficile de satisfaire tout le monde. Je n'étais jamais accepté telle que je l'étais.
Je devais toujours m'adapter et me justifier. Heureusement j'ai pu m'en défaire mais cela a pris des années. Quant à la procédure d'anti-radicalisation, elle prenait enfin fin à l'aube de ma majorité après 2 ans d'enquête. Indépendamment des AS, 2 gendarmes ont suivi mon dossier et ont donné des résultats positifs. Ils sont venus plusieurs fois chez moi pour vérifier ma pratique religieuse et ont moins employé le terme “radicalisation” au fur et à mesure des rendez-vous. Leur seule crainte était que je sois juste «un peu extrême en religion». Alors ils ont visité ma chambre, regardés les auteurs de mes livres religieux, épiés un peu ma vie : si je serrais la main aux hommes, si j'avais des hommes dans mon contact Facebook, si je regardais la télé, si je prenais et mettais des photos dans ma chambre, comment je faisais le Ramadan, où je voulais vivre plus tard. En bref, toute ma vie a été décortiquée. Heureusement, j'avais affaire à des gendarmes qui connaissaient un minimum l'islam, c'était beaucoup plus facile de me faire entendre. À mon grand étonnement, ils ont finalement conclut cette enquête en disant que je n'étais PAS radicalisé, ce qui a été comme une victoire pour moi. Mon honneur avait été lavé ! Mais cette procédure a vraiment été lourde et longue. J'ai dû cependant attendre ma majorité pour pouvoir ou non quitter le territoire. Les 2 gendarmes ont beaucoup parlé d'islam avec mes parents adoptifs, surtout pour leur faire comprendre qu'avec toutes ces enquêtes, cela était évident que je ne prenait pas un mauvais chemin. Voyant ma lucidité et ma maturité, ils m'ont même presque proposés de participer à des sessions avec des enfants VRAIMENT radicalisés afin de parler de l'islam, du vrai et non celui de Daesh. Ils ont également fini par les convaincre de me laisser être musulmane librement. J'imposais ma religion à personne et je ne mettais pas en danger, alors il n'y avait plus lieu d'être trop inquiet. À partir de cette période, ils ont petit à petit accepté ma nouvelle religion. Ma mère adoptive ne faisait plus de remarques désobligeantes sur mon voile, même si c'était plus difficile pour mon père adoptif. Les autres années, ils m'ont laissé faire librement le Ramadan sans inquiétude. Il y avait toujours des réflexions, des moqueries, évidemment. Mais sans m'y empêcher. Alors je faisais avec. Dans ma famille adoptive et encore aujourd'hui, je ne parle jamais de religion, d'islam. Je pense que beaucoup d'entre eux n'ont pas compris pourquoi j'ai choisi ce chemin de vie, mais la plupart m'ont laissé tranquilles aussi, voyant que j'étais toujours ferme sur mes décisions. Certains cousins et cousines m'ont d'ailleurs dit qu'elles m' acceptaient avec mes vêtements et que "c'était mon choix".
Grandir spirituellement, malgré le passé. En juillet 2018, j'ai été me convertir à la mosquée devant un Imam afin de recevoir un document officiel. Soit 4 ans après mon attestation de Foi...dans ma chambre. J'avais fait beaucoup de chemin en 4 ans. J'avais beaucoup évolué mais je me cherchais encore. Peu de temps après ma conversion administrative, j'ai pris la décision de ne plus être appelé “Iman”. J'avais l'impression que cela ne me correspondait plus. Même si ça ne changeait rien à mes croyances, assurément. Mais j'étais de nouveau avec mon identité de naissance. 3.12.2021, 7 ans après le début. Ce n'est pas la fin. Mais sans une Foi sérieuse, ces épreuves, notamment avec ma famille et ces amitiés toxiques, m'auraient fait quitter la religion. Mais je n'ai jamais cédé, parce que c'était le chemin que je voulais et je l'ai eu. Aujourd'hui j'ai grandi, j'ai évolué, j'ai plus de maturité et de recul, donc évidemment mes choix me concernent. Mais j'ai retenu la leçon et ma Foi est quelque chose qui me concerne uniquement moi, dorénavant. Ma spiritualité a été un moteur énorme dans la façon dont j'ai pris les événements du passé, les épreuves et ma vision sur l'avenir. Je n'aurais jamais pu aller aussi loin si j'avais rien à quoi me rattacher. Si je n'avais pas de but…je ne serais plus de ce monde.
Certains ont besoin de trouver un sens à leur vie à travers la religion. Et j'en fais partie ! Donc oui, cela a sauvé ma vie et cela, malgré tout, m'a apporté beaucoup de choses dans le bon sens du terme.
Et ce, tout en gardant mon libre arbitre et en me battant pour être acceptée telle que je suis.


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